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VSF : les faits, les incohérences, les revendications
Publié le 25 juin 2026 à 16h21 - Mis à jour le 25 juin 2026 à 16h22
Les salariés de VSF ont écrit une lettre adressée à la direction de Renault. Celle-ci a été lue par des élus SUD et CGT lors de la réunion du CSE de l’établissement Renault Ile-de-France du 25 juin 2026 et par des salariés de VSF lors de leur manifestation au Technocentre.
Mesdames, Messieurs,
Revenons un instant au début de cette histoire.
Mais cette fois-ci, restons factuels. Mettons de côté l’émotion.
On nous explique que la fermeture du site de VSF serait liée à des raisons écologiques.
Mais soyons honnêtes : il s’agit avant tout d’une décision économique.
Oui, le site est ancien.
Oui, certains bâtiments sont obsolètes.
Mais de quoi parle-t-on réellement ?
D’une amende de 7 500 euros en 2030.
7 500 euros… un montant dérisoire à l’échelle d’un groupe comme Renault.
D’autant plus que cette même amende devra également être payée pour d’autres sites, comme le CTA de Lardy et le TCR.
Aujourd’hui, on nous dit que VSF coûte 9 millions d’euros par an.
Mais ce qu’on oublie soigneusement de nous dire, c’est qu’une grande partie de ces coûts ne disparaîtra pas.
Elle sera simplement déplacée ailleurs.
Avec le déménagement, les consommations d’eau, d’électricité, de chauffage et les charges des sites d’accueil vont augmenter.
Les coûts ne s’évaporent pas.
Ils changent d’adresse.
Alors oui, sur le papier, le projet est séduisant.
On nous parle d’optimisation.
De rationalisation.
De synergies.
De modernisation.
Mais où sont les chiffres concrets ?
Combien va coûter le déménagement du banc moteur ?
Combien va coûter celui du BQV ?
Combien va coûter le déplacement du 6DDL, aujourd’hui chargé à 100 % ?
Combien vont coûter les transferts des ESTR ?
Combien vont coûter les travaux de génie civil, les remises en service, les requalifications, les pertes d’exploitation ?
Ces opérations ne sont pas neutres.
Elles sont lourdes.
Elles sont complexes.
Elles sont risquées.
Elles impliquent du temps.
Du temps pendant lequel nous ne produisons pas.
Du temps pendant lequel l’activité est ralentie, désorganisée, parfois arrêtée.
Du temps pendant lequel les équipes devront absorber l’incertitude, la pression et la désorganisation.
Prenons un exemple concret : le déménagement de PSA de Vélizy à Poissy.
Deux ans.
Deux ans pour retrouver une activité stabilisée.
Et malgré tout cela, on nous affirme aujourd’hui que tout est prêt pour nous accueillir.
Mais dans les faits ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de place pour nos 500 véhicules.
Ni au TCR.
Ni au CTA.
Et ce manque de place ne concerne pas seulement les véhicules.
Il concerne aussi les équipes.
Il concerne les métiers.
Il concerne les moyens d’essais.
La salle semi-anéchoïque du CTA n’est pas capacitaire.
Elle ne permet pas d’absorber correctement les besoins de VSF.
Alors que fait-on ?
On déplace des activités sans garantir les moyens nécessaires à leur fonctionnement ?
On casse un outil industriel cohérent pour le répartir dans des espaces déjà saturés ?
À cela s’ajoute le sujet du flex office à 0,6.
Un ratio froid, comptable, déshumanisé.
Un chiffre qui dit clairement aux salariés : vous n’aurez pas tous une place.
Vous devrez vous adapter.
Vous devrez vous serrer.
Vous devrez vous effacer.
Et dans ce contexte, comment ne pas ressentir un profond malaise ?
Comment ne pas avoir le sentiment de ne pas être accueillis à bras ouverts par le TCR, qui va lui-même devoir libérer de la place, réorganiser ses espaces, absorber nos équipes, nos véhicules, nos contraintes, nos métiers ?
Ce projet n’est pas seulement un déménagement.
C’est un bouleversement industriel.
C’est un bouleversement professionnel.
C’est un bouleversement humain.
Alors posons-nous la vraie question :
où est la cohérence ?
La vérité, c’est que la balance économique de ce projet est profondément déséquilibrée.
Le dossier manque de vision.
Il manque de projection.
Il manque de transparence.
C’est pourquoi nous demandons quelque chose de simple, de légitime, d’indispensable :
une expertise externe, indépendante et complète de ce dossier.
Parce qu’aujourd’hui, ce flou, ces contradictions, ces incohérences expliquent une chose très simple :
les salariés de VSF ne comprennent pas ce projet.
Ils ne l’acceptent pas.
Et ils ne se laisseront pas déplacer en silence.
Direction de Renault, entendez vos salariés
Direction de Renault,
à l’heure des négociations, un bras de fer s’est engagé.
Celui de l’humain contre la logique froide du capitalisme.
Celui des salariés contre une décision comptable.
Celui du terrain contre les tableaux Excel.
Direction de Renault,
alors que la bienveillance, le respect et la paix sociale devraient guider vos décisions, c’est tout l’inverse qui se joue sous les yeux des salariés de VSF.
Les problèmes humains, familiaux, financiers, logistiques ne rivalisent pas face à une multinationale aux logiques comptables.
La philanthropie ne semble pas faire partie de votre vocabulaire, alors même que vous prétendez faire de la Qualité de Vie au Travail un fer de lance.
Quelle hypocrisie.
Direction de Renault,
entendez vos salariés.
Écoutez leur mal-être.
Mesurez leur souffrance.
Regardez leur colère.
En semant l’inquiétude dans les équipes de VSF, vous ne récolterez que le découragement, la fatigue, la perte d’implication et la désorganisation.
Au fond, n’est-ce pas cela que vous provoquez ?
Direction de Renault,
prouvez que cette ancienne Régie sait encore placer l’humain et le progrès social au centre de ses préoccupations.
Direction de Renault,
ne vous alignez pas sur les dérives d’autres fleurons industriels.
Montrez qu’une autre voie est possible.
Montrez que l’écoute, le respect et la négociation ne sont pas des mots creux.
Montrez qu’une entreprise peut grandir avec ses salariés, et non contre eux.
Direction de Renault,
n’oubliez pas que le véhicule utilitaire est votre poule aux œufs d’or.
Et cette richesse n’existe que grâce à des équipes soudées, compétentes, investies et motivées.
En fermant VSF, vous punissez celles et ceux qui font votre réussite.
Vous fragilisez un collectif.
Vous détruisez un équilibre.
Vous masquez, derrière de prétendues économies, des décisions mercantiles et des réorganisations mal préparées.
Direction de Renault,
vos salariés ne méritent pas les miettes des profits colossaux que seule l’élite financière semble encore pouvoir appréhender.
Vous affichez les économies, vous valorisez les gains, vous célébrez les marges…
Et vous proposez, pour des salariés transférés de force, des mesures minimales évaluées à environ 450 euros par salarié sur trois ans.
450 euros sur trois ans.
Face à un bouleversement de vie.
Face à des heures de transport supplémentaires.
Face à une désorganisation familiale.
Face à une perte de confort, de temps, d’équilibre.
Quelle ironie.
Quelle violence sociale.
Direction de Renault,
nous disons non à la fermeture de VSF.
Direction de Renault,
nous disons non aux mesures de transfert minimales proposées par la direction.
Direction de Renault,
nous demandons une prime de transfert de 20 000 euros net par personne.
Cette somme n’est pas sortie de nulle part.
Elle correspond aux 9 millions d’euros d’économies annuelles que la direction affirme vouloir réaliser en fermant VSF, divisés par le nombre de salariés transférés au TCR au CTA a Lardy.
Direction de Renault,
si vous réalisez des économies grâce au sacrifice des salariés, alors ces salariés doivent être justement dédommagées.
Direction de Renault,
nous demandons une prime de mobilité calculée sur le temps de trajet réel entre le domicile et le nouveau lieu de travail, aux heures de pointe, avec les bouchons.
Pas sur une simulation théorique.
Pas sur un trajet idéal un mardi matin sans circulation.
Sur la vraie vie.
Sur le quotidien réel des salariés.
Direction de Renault,
nous demandons le doublement du surcoût de transport.
Car ce surcoût ne doit pas être supporté par celles et ceux qui n’ont rien demandé.
Ce n’est pas aux salariés de payer la facture d’une décision imposée.
Direction de Renault,
nous demandons le maintien du télétravail, avec le rétablissement de la formule à trois jours par semaine.
Parce que vous ne pouvez pas, d’un côté, imposer des temps de trajet plus longs, et de l’autre, réduire les solutions permettant de préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Direction de Renault,
vous ne laissez ni le temps de réfléchir, ni celui de se préparer.
Vous imposez un bouleversement majeur dans la vie des salariés, sans leur donner les garanties nécessaires, sans reconnaissance suffisante, sans respect réel de leurs contraintes.
Direction de Renault,
regardez la réalité en face.
Vos salariés auront plus de temps sur la route.
Moins de souplesse.
Plus de fatigue.
Plus de frais.
Moins de stabilité.
Moins de visibilité.
Et derrière chaque salarié, il y a une famille.
Un couple.
Des enfants.
Des contraintes personnelles.
Des crédits.
Des trajets.
Une organisation de vie construite depuis des années autour d’un lieu de travail que vous décidez aujourd’hui de fermer.
Direction de Renault,
pouvez-vous laisser s’installer ainsi l’instabilité, la précarité et la perte de pouvoir d’achat ?
Pouvez-vous continuer à parler de qualité de vie au travail en ignorant les conséquences concrètes de vos décisions ?
Direction de Renault,
nous ne vous supplions pas.
Nous vous mettons face à vos responsabilités.
Direction de Renault,
entendez-nous.
Respectez-nous.
Dedomagez justement ce que vous imposez.
Car VSF n’est pas une ligne dans un tableau.
VSF, ce sont des femmes et des hommes.
Des compétences.
Une histoire.
Un collectif.
Une fierté industrielle.
Et ce collectif aujourd’hui vous le dit clairement :
Non à la fermeture de VSF.
Non aux mesures minimales.
Oui à une véritable reconnaissance.
Oui à une prime de transfert juste.
Oui à une mobilité réellement dedomagée.
Oui au maintien du télétravail.
Oui au respect des salariés.
Direction de Renault,
vous avez encore le choix :
imposer dans la brutalité, ou négocier dans le respect.
Mais une chose est certaine :
les salariés de VSF ne resteront pas silencieux.




