ACTUALITÉ Renault


16 juillet

Morts au travail : à l’usine Renault de Cléon, « on attend l’accident »

15 juillet

Salaire des Cadres en DA non revalorisé : un blocage anormal

6 juin

Renault-FCA : l’avenir de centaines de milliers de salariés ne peut pas se jouer au poker

29 mai

Fusion Renault-Fiat/Chrysler : communiqué SUD Renault

9 mai

Quand Carlos Ghosn se prenait pour Louis XIV


18/04/19 - Cadres : plan de promo 2019

3/04/19 - ETAM : Où situer votre salaire ?

28/02/19 - Prime Gilets jaunes : double peine pour les salariés à temps partiels

15/02/19 - Résultat des NAO 2019

14/02/19 - Calculez votre prime d’intéressement 2019

28/01/19 - Ethique : la grande absente de l’affaire Ghosn

28/01/19 - Salaires : des paroles aux actes

12/01/19 - Prime exceptionnelle : Renault fait le minimum

9/01/19 - Affaire Ghosn : SUD Renault va saisir la justice

19/12/18 - Une prime exceptionnelle à Renault : merci les Gilets jaunes !

13/12/18 - Il faut augmenter les salaires

25/11/18 - Carlos Ghosn ou la faillite de la gouvernance à la française

15/11/18 - Allocation de fin d’année

8/10/18 - Des accords de dupes

2/05/18 - Augmentations et primes individuelles : La peau de chagrin

19/04/18 - Les hommes de Billancourt

17/04/18 - Objectif de la nouvelle réorganisation : 10 milliards d’économies par an !

20/03/18 - Mesures salariales 2018

17/02/18 - NAO : des miettes pour les AGS et les AI

16/02/18 - Baisse du salaire de Ghosn : encore un coup de com’

16/02/18 - « La meilleure année de son histoire » pour Renault, mais pas pour ses salariés !

19/01/18 - Ghosn conteste le rapport d’Amnesty International sur le cobalt

19/12/17 - Santa Carlos joue au Père Noël !

4/12/17 - CEF : la cour de cassation donne raison à 16 salariés Renault

19/11/17 - Amnesty International : « Dites à Renault de lutter contre les violations des droits humains »

19/11/17 - Des milliers de salariés de Dacia manifestent contre une réforme fiscale

14/11/17 - Des élections reportées pour mieux réduire la représentativité et les droits des salariés

3/11/17 - L’étrange affaire des espions de Renault

11/10/17 - Les calendriers SUD Renault sont arrivés

5/09/17 - Cadres exclus des NAO : SUD fait appel

25/07/17 - Une dizaine de suicides chez Renault en quatre ans

18/07/17 - CIFRE : vous avez droit à une indemnité de précarité !

26/06/17 - Stop à l’exclusion des cadres des NAO : SUD saisit la justice

26/06/17 - NAO Cadres : SUD saisit la justice

13/06/17 - La destruction du Code du travail ne se négocie pas, elle se combat

24/04/17 - Barèmes de rémunération 2017

8/04/17 - Tentative de suicide chez Renault Sandouville

5/04/17 - Tentative de suicide à Renault Sandouville

28/03/17 - Si t’as pas tes stock-options, t’as pas de talent !

12/03/17 - Bilan social Renault Guyancourt 2016 : pas de quoi pavoiser !

8/03/17 - Le 8 mars, cessons le travail pour les droits des Femmes

21/02/17 - NAO : SUD dit stop à l’exclusion des cadres

20/02/17 - NAO 2017 : des miettes malgré des résultats record

7/01/17 - Jackpot de Noël pour Carlos Ghosn

6/01/17 - Nouvel accord compétitivité Renault : la version finale du texte

14/12/16 - 9ème réunion compétitivité : une première synthèse de l’accord toujours aussi indigeste

29/11/16 - Accord compétitivité Renault : un bon flyer vaut mieux qu’un long discours !

16/11/16 - 6ème réunion Compétitivité : la direction à la manoeuvre

8/11/16 - 5ème réunion Compétitivité : enfumage sur l’emploi

26/10/16 - 4ème réunion Compétitivité : des projets complets de véhicules sous-traités dans l’Ingénierie

20/10/16 - 3ème réunion Compétitivité : Toujours plus de flexibilité !

11/10/16 - Accord compétivité 2016 : calendrier des annonces de la direction

7/10/16 - Résultats des élections au conseil d’administration

6/10/16 - 2ème réunion Compétitivité : moins de départs et trop peu d’embauches

4/10/16 - 1ère réunion Compétitivité : 1ers rounds

24/09/16 - Des administrateurs salariés incolores et inodores

24/09/16 - Un conseil d’administration sous influence

20/09/16 - Un salarié de Renault Douai se suicide en mettant en cause Renault

12/09/16 - Accord de compétitivité : le calendrier des négociations

12/09/16 - Elections CA : la profession de foi des candidats SUD

7/09/16 - Plus de version Diesel pour la future Clio ?

17/08/16 - Vers un nouvel accord de compétitivité à Renault : le digital comme prétexte

26/07/16 - Douai : Renault recrute 900 personnes... en CDD

8/07/16 - La SOVAB recherche 400 intérimaires

16/06/16 - Elections au Conseil d’administration du groupe Renault

9/06/16 - La mutuelle obligatoire Renault évolue

6/06/16 - Guyancourt/Aubevoye : élections CHSCT le 17 juin

31/05/16 - Non à la répression à l’usine de Renault de Maubeuge (MCA)

28/05/16 - Intervention policière devant Renault Douai

10/04/16 - Désamiantage : les anciens salariés de Renault se disent trahis

21/10/14 - Pétition Mutuelle

19/09/12 - ELECTIONS CA 2012

10/04/12 - Les cahiers d’alter 2012

20/02/12 - Au ralenti en France RENAULT s’intalle au Maroc


Morts au travail : à l’usine Renault de Cléon, « on attend l’accident »

Publié le 16 juillet 2019 par sud tcr

Version imprimable de cet article


Le Monde du 16 juillet 2019

Il n’a jamais rejoint ses collègues qui l’attendaient pour dîner. Le 10 mars 2016 à 19 h 05, Jérôme Deschamps, technicien de maintenance à l’usine Renault de Cléon (Seine-Maritime), a été retrouvé le torse coincé sous un caisson de séchage par l’un de ses camarades, un électricien inquiet de ne pas le voir venir au réfectoire.

Ce jour-là, ce père de 33 ans, employé chez Renault depuis ses 18 ans, a été désigné pour poser un tendeur sur les chaînes trop lâches d’une machine à laver industrielle. Il installe le tendeur sur la machine à l’arrêt, puis effectue des essais en mode manuel. Vers 18 h 40, il décide avec ses collègues de passer la machine en mode automatique, afin de la voir fonctionner en conditions réelles. Les portes de la machine sont grandes ouvertes, bloquées par des « sucettes », de petits morceaux de métal laissant croire au système de sécurité qu’elles sont fermées. Impossible, sinon, de vérifier la qualité de son travail.

La machine redémarre, mais il faut une dizaine de minutes pour qu’elle tourne à plein régime. Ses collègues partent dîner. Jérôme ne tardera pas, pensent-ils. Qu’a-t-il vu dans la machine qui ait nécessité qu’il s’y penche ? En l’absence de témoin, les circonstances de l’accident restent indéterminées. Mais son geste enclenche un mécanisme fatal dont il ignorait l’existence : en mode automatique, la machine abaisse un lourd caisson dès qu’elle capte une présence sur le convoyeur. Après l’avoir veillé une semaine à l’hôpital, sa famille décidera de mettre fin à son assistance respiratoire.

Accidents courants

Depuis, Renault est poursuivi pour « homicide involontaire ». Le 3 avril, le parquet du tribunal de Rouen a requis une amende de 200 000 euros à son encontre. La direction, contactée, n’a pas souhaité commenter l’enquête en cours. « Les événements qui ont amené à la mort de M. Deschamps sont loin d’être rares dans cette usine, estime William Audoux, secrétaire de la CGT de Cléon. Le manque de sécurité et de formation, l’intensification du travail et le manque d’effectifs ont pu donner lieu à d’autres accidents graves ces dernières années. »
« Il y a 8 000 machines, s’exclame un proche de la direction. Il est impossible de former qui que ce soit sur chacune d’elles »

Son syndicat s’est porté partie civile aux côtés de la famille, représentée par Me Karim Berbra. Quatre-vingt-douze salariés ont signé une lettre faisant état du caractère courant de la procédure suivie par M. Deschamps : usage des « sucettes », travail isolé, absence de formation à chaque machine… « Il y a 8 000 machines, s’exclame un proche de la direction. Il est impossible de former qui que ce soit sur chacune d’elles. » Les équipes de maintenance, toutes affectées à des secteurs particuliers, n’interviennent cependant pas sur la totalité de l’immense usine, qui s’étend sur le quart de Cléon.

Dans cette petite ville normande lovée dans une boucle de la Seine, les accidents sont courants. Chaque semaine, environ deux personnes ont un accident du travail nécessitant un arrêt, selon le bilan social 2018 de l’usine. Chutes de charges lourdes, éclaboussures d’aluminium brûlant, brouillards chimiques irritants jalonnent la vie des 4 000 salariés et intérimaires qui s’affairent pour produire boîtes de vitesses et moteurs. Jusqu’à parfois y mettre brutalement fin, comme ce fut le cas pour M. Deschamps en 2016. Cette année-là, sept salariés de l’industrie automobile française sont morts au travail et plus de 3 400 accidents suivis d’un arrêt ont eu lieu, selon l’Assurance-maladie.

L’impératif de productivité l’emporte

La mort de Jérôme Deschamps dans le ventre d’une machine – un événement rare à l’usine – a obligé la direction à repenser les procédures de sécurité. Mais pour la trentaine de salariés interrogés par Le Monde, managers, soignants, syndicalistes, techniciens ou ouvriers, l’impératif de productivité l’emporte encore trop souvent sur la prévention des accidents.

Depuis 2016, un hublot a bien été ajouté à la machine à laver, pour permettre à la maintenance de la voir fonctionner portes fermées, et l’usage des « sucettes » a été drastiquement limité. Une formation générale est dispensée à chacun dès son embauche. Un carnet rappelant les dix fondamentaux de la sécurité, déclinés en 74 « exigences-clés », a été distribué. Des fiches rappelant les risques ont été collées sur les machines.
« Plusieurs éléments tendent à décrire une culture de sécurité plus réactive que proactive sur le site de Renault Cléon », note le cabinet Aptéis

Certains managers, un badge « réflexe sécurité, ma priorité » à la boutonnière, rappellent à l’ordre les opérateurs s’ils ne portent pas leurs équipements de protection. « On nous emmerde sur le port du casque, des bouchons d’oreilles, des lunettes… Mais dès qu’il faut arrêter une machine dangereuse pour la réparer, c’est silence radio, s’agace Corentin (tous les prénoms des témoins ont été modifiés), ouvrier à la fonderie. Parce que ça impacte la production, qui est toujours en flux tendu. En gros, on attend l’accident. » Un avis partagé par le cabinet Aptéis, mandaté pour expertiser les « risques graves » dans l’usine après la mort de M. Deschamps : « Plusieurs éléments tendent à décrire une culture de sécurité plus réactive que proactive sur le site de Renault Cléon », écrit-il en 2018.

En mars, un ouvrier a été brûlé au troisième degré au cou par une projection d’aluminium. « Cet accident aurait pu être évité, tonne Willliam Audoux, de la CGT. Les équipes avaient signalé ce problème depuis des semaines. » Consulté par Le Monde, le tableau des dysfonctionnements, où les ouvriers indiquent les risques sur leurs machines, fait bien état d’un « danger car trop d’éclaboussures ». « La veille, il avait encore prévenu son chef : “Si on ne fait rien, un accident va se produire” », poursuit M. Audoux.

Réparer les machines « en une heure »

D’autres pratiques dangereuses, comme les interventions sur les machines en marche, continuent à avoir lieu. Et ce sans être toujours déclarées, contrairement aux procédures. « C’est l’hypocrisie la plus totale. On ne peut pas faire le diagnostic de la panne rapidement, ni vérifier que la machine a été réparée si elle est à l’arrêt, explique Damien, technicien en maintenance. Les machines prioritaires, il faut qu’elles crachent des pièces non-stop. En une heure, elles doivent être réparées. Sinon, les chefs se mettent derrière toi pour te demander pourquoi ça prend autant de temps. »

Selon Annabelle Chassagnieux, une experte d’Aptéis, la multiplication des règles de sécurité permet à Renault « de ne pas interroger son mode d’organisation ». « Lorsqu’un accident se produit, ils peuvent dire “Untel n’a pas respecté la procédure” sans se poser la question de la possibilité même de l’appliquer, analyse-t-elle. Trop souvent, les salariés ont à arbitrer entre suivre la procédure et travailler au plus vite pour respecter les contraintes de production. »

En novembre 2017, Renault s’était opposé devant le tribunal de Rouen à la venue des experts d’Aptéis dans son usine

Une expertise indépendante dont la marque au losange se serait bien passée. En novembre 2017, Renault s’est opposé devant le tribunal de Rouen à la venue d’Aptéis. Celle-ci avait été demandée par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) après la mort de M. Deschamps, afin d’étudier les « risques graves » à Cléon. Pour justifier cette opposition, un proche de la direction estime que « rien ne permet d’affirmer qu’il y a, à Cléon plus qu’ailleurs, une exposition des opérateurs à un risque grave ». L’argument n’a pas convaincu le tribunal, qui a permis à Aptéis de se rendre dans l’usine début 2018.

Encouragés à « revenir vite » au travail

Par le passé, la venue d’observateurs extérieurs à Cléon s’était déjà soldée par une dénonciation des pratiques de la direction. En 2007, l’inspection du travail avait décrit un « système organisé de pressions visant à ce que les salariés victimes d’accident du travail (...)renoncent à prendre tout ou une partie de [leur] arrêt ». Douze ans plus tard, la dizaine d’accidentés du travail interrogés par Le Monde racontent la même histoire. Hugo, arrêté après avoir été blessé à la main, a reçu un appel de son chef le lendemain lui suggérant de « revenir vite ». Deux jours plus tard, le voilà de retour sur un poste aménagé, à remplir des tableurs et effectuer des photocopies. « Le reste du temps, je restais assis sur une chaise à attendre », raconte-t-il. La direction lui envoie un taxi puisqu’il ne peut pas conduire. « Ils ont dû dépenser 80 balles par jour... »

La somme, qui paraît importante aux salariés, reste inférieure à ce que devrait verser Renault si les blessés étaient restés longtemps en arrêt. Les cotisations à la branche « accidents du travail-maladies professionnelles » (AT-MP) de la Sécurité sociale dépendent en effet de la fréquence et de la gravité des accidents du travail, afin de faire payer aux entreprises les plus accidentogènes le coût de leurs pratiques dangereuses. Louis, un manager, justifie ce procédé par la dure concurrence que subit Renault : « Aujourd’hui, on est dans un système de production très contraint. Les cotisations à la Sécu pèsent sur le coût du travail. »

De son côté, la direction de Renault affirme qu’« il n’existe pas de système organisé de pression sur les salariés » et ajoute que ce qu’elle leur propose, « c’est de garder le lien avec l’entreprise en leur donnant la possibilité de revenir (…) sur des postes aménagés ». L’expertise d’Aptéis a été versée au dossier par les parties civiles. Le tribunal devrait se prononcer sur la responsabilité de Renault lors d’une nouvelle audience, le 21 janvier 2020.

Le Monde du 16 juillet 2019







Une réaction, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

SUD Renault 2016 - Tous droits réservés pour les textes et les images - plan du site